dimanche 10 juillet 2011

Regards sur l'AVENTURE FSC - Hier - Aujourd'hui - Demain

par Frère Raymond Barbe S. C.
_______________________________



REGARDS SUR HIER 
J’ai l’impression qu’alors on croyait « penser tout clairement et que, pour le dire, les mots arrivaient aisément»!

Tant dans nos Règles que dans notre Catéchisme des Vœux, il semblait bien que la vie religieuse était, avant tout, une affaire de renoncement, d’abnégation, de sacrifice, de séparation : « Plus c’était dur, meilleur c’était! » « Fais ce que dois, et ne jouis pas trop! » C’était d’ailleurs aussi l’atmosphère de la vie dans l’Église : des lois à respecter, des engagements à observer, des renoncements à s’imposer. L’acte d’humilité qu’on apprenait et récitait alors était clair :

Mon dieu,
je ne suis que cendre et poussière;
réprimez les mouvements d’orgueil
qui s’élèvent dans mon âme.
Apprenez-moi à me mépriser moi-même,
Vous qui résistez aux superbes
et donnez votre grâce aux humbles!

Dans notre vie religieuse d’alors, la prière se présentait davantage comme un rite strict à observer que comme un temps heureux de rencontre et de bonne respiration; la vie commune, comme une occasion favorable de confrontation; le vœu de pauvreté, comme une affaire strictement d’argent et de permissions à demander; le vœu de chasteté, comme un regard négatif et hostile sur tout ce qui est chair et sexe; le vœu d’obéissance, comme un assujettissement et une dépendance totale. Quant à la mission, elle était toute centrée sur l’école.

II – REGARD SUR AUJOURD’HUI.-

Des facteurs ont contribué à faire évoluer bien des visions et des manières de comprendre et de vivre les réalités de la vie religieuse tous horizons. Parmi ces facteurs, il faut, bien sûr, citer le Concile Vatican II qui a provoqué une ouverture d’esprit plus grande, les derniers Chapitres Généraux de l’Institut qui ont suscité une vision renouvelée de notre Règle de Vie et de nos engagements dans le milieu.

Ainsi, les « exercices de piété » sont devenus des « rencontres animées » de prière commune; la pauvreté « matérielle » a fait plus de place à la « pauvreté de cœur », dont Jésus dit qu’elle est bienheureuse; la « chasteté consacrée » ne veut plus être un regard méprisant et combattif sur la chair et le sexe, d’ailleurs aussi voulus de Dieu; le vœu d’obéissance ne veut plus être un simple assujettissement silencieux mais une « collaboration empressée et généreuse » à la réalisation des désirs de Dieu. Quant à la mission, elle se diversifie davantage selon les besoins rencontrés, et les dons de chacun.

III – REGARD SUR DEMAIN.-

Y a-t-il encore un avenir pour nous? Que sera-t-il? Que ferons-nous pour y faire face?

C’est sûr que ces questions s’imposent, étant donné notre vécu actuel. En tout cas, ici, au Canada : nous ne sommes plus dans les écoles; nos effectifs diminuent; il n’y a pratiquement plus de relève. C’est surtout au niveau de la mission que les trois questions ci-dessus sont bonnes : Y a-t-il un avenir? Lequel? Que faire? Il se peut que cet avenir inconnu et à découvrir ait un impact, même heureux, sur les autres dimensions : prière, engagements consacrés, vie commune.

Personnellement, je crois que nous pouvons faire face à un essor nouveau et heureux. Si vous me demandez de préciser notre charisme de fondation, je vous dirai sans hésiter : « Croire en l’amour, en vivre et le répandre! » Notre Règle de Vie ne dit-elle pas « qu’être Frère du Sacré-Cœur, c’est croire en l’Amour de Dieu, en vivre et le répandre »?

Et pour moi, tel était bien le charisme d’André Coindre. Il l’a montré clairement et solidement. Je me plais parfois à penser, avec un peu d’humour, que s’il venait nous rencontrer, il nous dirait :

« Je trouve que vous avez parfois les deux pieds dans la même bottine! Allez donc de l’avant! N’ayez pas peur de faire du neuf! Regardez autour : les besoins sont nombreux! On a encore besoin de vous! Moi, je compte sur vous! Je ne dis pas que vous êtes éternels, mais vous n‘êtes pas encore morts! »

Raymond Barbe, s.c.

CURRICULUM VITAE
Entrée au juvénat: 1941 à l"âge de 13 ans
Première profession: 1944
Première obédience: 1946, professeur au juvénat
Haïti: 1954 à 1977
Maïtre des juvénistes: 1955-1959
Maïtre des novices et scolastiques: 1959-1965
Ordination sacerdotale: 1971 (40 ans cette année)
Retour au Québec:
Cours à Ottawa: relation d'aide aux individus et aux couples: 2 ans
Curé à St-Jérôme, puis à Ste-Anne-des-Plaines: 6 ans.
Aumônier au Mont-Sacré-Coeur: 8 ans et ça continue
Cursillo: animateur spirituel diocésain (St-Hyacinthe); 15 ans

jeudi 7 juillet 2011

La grande décision - par Monique Picard

Profil de Monique Picard






Monique Picard est née à Malachie de Dorchester en mai 1932.

Elle fait une partie de son cours primaire à St-Anselme de Beauce et une autre à l’Orphelinat de Rouyn.

Elle fait son cours secondaire à Hull et à Ottawa et obtient, en 1964 ,un grade de technicienne médicale.

Elle prononce ses premiers vœux chez les Sœurs Grises d’Ottawa en 1953 et ses vœux perpétuels en 1956.



Avec sept de ses compagnes elle quitte la communauté des Sœurs Grises en 1971.Elle exerce alors la profession d’infirmière.



En 1972, elle épouse Jean Grondin, un ex Frère du Sacré-Cœur qu décède du cancer en 1999. Le couple adopte trois enfants : Guy, Francine et Serge.





En 1974 elle prend la direction des soins hospitaliers de l’hôpital St-Charles de Joliette, En 1988, elle est chargée de l’inspection professionnelle pour l’Ordre des infirmières du Québec et du Conseil canadien d’Agrément des Établissements de Santé.



Monique s’est impliquée socialement comme mairesse de Ste-Marcelline et comme militante dans le Parti Québécois de Joliette dont elle deviendra la présidente.

+++++++++++++++++++++++





LA GRANDE DÉCISION



Monique nous raconte comment elle en est venue à quitter sa communaut.



Septembre 1966.



J'arrive au Couvent de la rue Rideau d'Ottawa tenu par les Soeurs de la Charité d'Ottawa (Soeurs Grises), afin d'y demeurer pendant que j'étudie à l'Université d'Ottawa dans le but d'obtenir mon baccalauréat en sciences infirmières. Je vivrai ici quatre années. C'est un très grand jour pour moi, car il y a longtemps que je désire faire ces études.



Je suis habillée comme toutes les religieuses du Couvent, car depuis 1951 je suis une Soeur de la Charité d'Ottawa.



Après un an de postulat et un an de noviciat, je suis envoyée en mission au Sanatorium St-Laurent de Hull comme responsable des Laboratoires, compte tenu de mes quatre années d'expérience dans le domaine. N'ayant que ma 9e année d'études, je m'empresse tout en travaillant de poursuivre mes études de 11e et 12e année du Québec, ainsi que la 13e année d'Ontario. Après ces six ans de surmenage, je me retrouve hospitalisée à mon tour pendant un an au Sanatorium St-Laurent souffrant de pleurésie. Ce fut une année pénible mais en même temps enrichissante pour moi. Les longues heures de réflexion et de lecture m'ont appris a dire ``NON `` aux exigences exagérées de mes supérieures et de moi-même.



J'ai appris à mener une vie plus équilibrée.



Après un an et demi de convalescence, j'entre à l'École de Technologie Médicale de l'Hôpital General d'Ottawa pour deux ans. J'aurais préféré faire mon cours d'infirmière mais la communauté avait besoin de mes services dans ce domaine. Heureusement qu'après mon cours, je suis envoyée en mission dans le petit Hôpital de Buckingham où je côtoie davantage les malades.



Pendant mon passage a l'Hôpital Général d'Ottawa, j'ai eu la grande chance de vivre près de la Directrice de l'École des infirmières de l'Université d'Ottawa qui a bien compris mon désir de devenir infirmière. Elle a convaincu mes Supérieures que je servirais mieux la communauté en étant infirmière.



Au cours de ma vie, au moment ou j'avais besoin d'une personne compréhensive, empathique et chaleureuse, je trouvais cette personne à mes côtés, et souvent c'était une religieuse. J'ai perdu ma mère à quatre ans. Mon père était convaincu que c'était les religieuses qui pouvaient le mieux éduquer ses trois filles. J'ai donc été pensionnaire pendant dix ans chez des religieuses. J'y ai vécu des années de bonheur. Malheureusement, lors de mes 14 ans mon père se remarie et ma belle-mère m'oblige à aller travailler à l'Hôpital d'Youville de Noranda au lieu de continuer mes études. Là aussi, une religieuse me sort de mon emploi de femme de ménage pour me donner un emploi plus valorisant de technicienne en laboratoire. Ces religieuses ont sans doute influencé ma décision d'entrer en religion en 1951.



En septembre 1966, je me retrouve étudiante à l'Université d'Ottawa tout en demeurant au Couvent, de la rue Rideau. Ces quatre années d'études furent des années décisives dans ma vie.



De 1960 à 1970 le Québec et l’Église connurent de grands bouleversements : la Révolution tranquille et le concile de Vatican 2.



J'ai eu la chance de vivre dans un milieu d'avant-garde avec, entre autres,

sept compagnes avec qui je participais chaque semaine à des échanges sur notre vécu dans ce monde de changements. Notre animatrice était une compagne professeur de théologie à l'Université St-Paul d'Ottawa et notre aumônier était directeur du Centre Novalis à Ottawa. De plus, à l'Université j'entendais les commentaires et les critiques de mes compagnes d'étude laïques sur l'Église et les communautés religieuses. La réalité nous ``pétait`` dans la figure. Impossible de faire l'autruche. Les railleries nous forçaient à prendre conscience de la réalité. Nous sentions l'agressivité monter envers les religieuses et l'Église.



Progressivement , nous en sommes venues à la certitude ``qu'il valait mieux opter pour la vie que pour la mort``, parce que nous croyions que notre communauté se dirigeait vers une mort lente.



Mais avant de prendre la grande décision, nous avons décidé d'aller aux sources. Nous avons donc demandé au Conseil Général de la communauté de nous recevoir pour discuter de la situation actuelle. Le Conseil nous a reçues et écoutées mais avec méfiance. Par la suite nous avons été considérées comme des ``rebelles`` qu'il fallait séparer les unes des autres. Moi, ayant terminé mes quatre années d'études, je fus envoyée ``en prison`` à la Maison Provinciale pour avoir soin des religieuses âgées.



Comme je demeurais convaincue alors que la meilleure décision était de quitter la communauté, je demandai une exclaustration, c'est-à-dire que j'allais vivre pour un temps dans une autre communauté religieuse. Ce que j'ai obtenu immédiatement. Les Soeurs Ste-Croix de Hull m'ont accueillie chaleureusement. J'y ai vécu trois mois pendant que je travaillais comme infirmière chef d'équipe à l'Hôpital Pierre Janet de Hull. Ma conviction étant toujours la même, je demandai d'être relevée de mes voeux, ce que j'ai obtenu sans difficulté. Mes sept compagnes du couvent de la rue Rideau firent de même.



Pendant ces années de grands bouleversements dans ma vie personnelle et communautaire, la société Québécoise vivait la Révolution tranquille. Pour essayer de mieux comprendre cette révolution ainsi que son influence sur les communautés religieuses féminines, faisons un brin d'histoire.



``Au milieu du 19e siècle le Québec sort d'une période sombre. La défaite des Patriotes et la proclamation de l'Union du Haut et du Bas-Canada entraînent un affaiblissement de l'élite politique de la société canadienne-française. Ces événements ont des conséquences sur la vie des femmes. La plus importante est sans doute la cléricalisation de la société Québécoise qui s'installe dans la foulée de ces événements et qui amène avec elle un encadrement de la vie des femmes, parfois jusque dans leur intimité. En revanche, en prenant en charge le champ de l'enseignement et des services sociaux , l'Église catholique favorise la fondation et le développement de nombreuses communautés religieuses féminines qui permettront non seulement d'offrir toute une gamme de services à la population, mais qui offriront aussi l'occasion à des femmes de mettre en valeur leurs talents et d'apporter une immense contribution à la société Québécoise.``

(Oeuvres de femmes 1860-1961,Lucie Desrochers, les Publications du Quebec, 2003,Préface page X.)



650 femmes portent le voile au Québec en 1850, tandis qu'en 1960 elles sont 35,073. Cette période est l'âge d'or des communautés religieuses féminines au Québec. La Révolution tranquille a sabré dans la cléricalisation de la société Québécoise. Les communautés religieuses féminines pensaient que la Révolution tranquille se ferait avec elles. Au contraire elle s'est faite sans elles. Partout, elles sont évincées des postes de commande .



Pourquoi les religieuses ont elles été évincées par le Gouvernement du Québec des postes de commande lors de la Révolution tranquille ? Est-ce que le Gouvernement du Québec voulait tourner la page à la cléricalisation de la société Québécoise qui a commencé à se faire au milieu du 19e siècle ?



1850 a 1960 : la société québécoise a vécu un siècle de cléricalisation. Étant donné que cette cléricalisation a commencé à cause de la faiblesse des politiciens du temps, faut-il s'étonner qu'en 1960, temps où le Québec avait des politiciens chevronnés, que ces politiciens veuillent mettre fin à cette cléricalisation ?



Est-ce que l'Église catholique a pris une bonne décision en comblant ce vide politique ? A la Révolution tranquille un grand nombre de religieuses se sont retrouvées à 40 ans au plus à refaire leur vie comme laïque dans la société, parce que l'avenir des communautés religieuses ne correspondait plus à leurs aspirations.



Est-ce que la population québécoise aurait reçu une aussi bonne éducation, d'aussi bon soins aux malades et une aide aussi précieuse aux démunis de notre société, si l'Église catholique n'avait pas comblé ce vide politique ?



Monique Picard

Demande d'indult de sécularisation

Le 17 juin 1971, je demandais au Saint-Siège d'être libéré des eengagements pris envers ma communauté lors de ma profession perpétuelle, le 11 juillet 1952. En voici le texte.





Mes origines asbestriennes

par Jean-Guy LeGault
____________________________________


Le 5 mai 1940, je naissais à Asbestos, petite ville minière des Cantons-de-l'Est. À l'époque, il n'y avait qu'une seule paroisse, Saint-Aimé-de-Shipton.
Comme je suis né un dimanche, je fus baptisé le jour même. J'étais l'aîné de la famille.

Actuellement, la municipalité d'Asbestos compte 7000 habitants. La population a déjà atteint 12 000 h. On connait surtout Asbestos pour son puits minier. Dès 1879, on découvre l'existence de l'amiante et deux ans plus tard, William Jeffrey en commence l'exploitation. De nos jours, grâce à un poste d'observation, on peut contempler le puits profond de 350 mètres et de 2 km de diamètre. On peut aussi visiter le camp musical, dans le secteur Trois-Lacs ainsi que le Musée minéralogique et d'histoire minière. On y trouve également un centre hospitalier régional ainsi qu'un golf réputé en temps que parcours de championnat.

Lionel, mon père

Lionel naquit le 18 juillet 1911 à Sainte-Scholastique, comté des Deux-Montagnes, dans les Basses-Laurentides. Cette municipalité fait aujourd’hui partie de la ville de Mirabel. C’est dans le rang de la Côte-Saint-Louis que ses parents Joseph Legault et Alphonsine Lacroix habitaient lors de la naissance de leur huitième enfant. Trois garçons et quatre filles l’avaient précédé: Orphilia, Adélina, Maxime, Rosario, Hector (décédé à bas âge), Germaine et Marie-Jeanne. Cinq autres frères lui succéderont: Bernard, Germain, Marcel, Marius et Edmour. Joseph, son père, était cultivateur. Mais, dit-on, ce ne fut pas toujours le cas. Il avait été cuisinier dans les chantiers dans les débuts de son mariage. Sa mère Alphonsine, malgré une santé précaire, avait suffisamment à faire: nourrir, habiller et voir à l’éducation de sa nombreuse famille.

Joseph décide de venir s’installer dans les Cantons-de-l’Est afin de pouvoir établir plus facilement ses fils. C’est ainsi qu’il résidera dans le Deuxième rang de Wottonville, près d’Asbestos. Plus tard, il achètera la terre voisine pour établir son premier fils, Maxime. Il cédera ensuite la sienne à son fils Bernard. Lionel fréquentera l’école de rang jusque vers l’âge de 10 ans. Il quittera l’école pour aider aux travaux de la ferme. Cependant, il ne le fera pas avant d’avoir marché au catéchisme et d’avoir fait sa communion solennelle. On raconte que Lionel était vaillant à la tâche et était toujours prêt à rendre service. Si l’un de ses parents demandait un service à un plus jeune et que celui-ci ne bougeait pas, il bondissait aussitôt pour répondre à la demande. Un jour, ses jeunes frères espiègles lui jouèrent un vilain tour. «Qui sera le premier rendu à la grange?», demanda l’un d’eux. Tous s’élancent vers la grange. Lionel, en tête, ne remarque pas le fil de fer tendu entre deux poteaux. Il tombe aussitôt à la renverse, la tête sur une roche. Il a fait de la fièvre et a déparlé toute la nuit.

Le temps passe… Lionel a 15 ans. Il est temps qu’il gagne sa vie. Il passera quelques temps à St. Johnsbury au Vermont où il sera livreur de pain avec son frère Rosario, chez un boulanger. C’est sans doute à cet endroit qu’il apprendra ses quelques mots d’anglais. Puis, de 1927 à 1936, c’est à Saint-Placide, dans le comté des Deux-Montagnes, qu’il exercera le métier d’homme à tout faire sur la ferme de l’un de ses oncles Lalande. Logé, nourri, il travaillera pour presque rien. Plus tard, ses gages atteindront peut-être 30$ par mois. Debout dès 4h du matin avec la barre du jour, il «fait le train» et nourrit les animaux avant le déjeuner. Quant il labourait ou hersait, on dit qu’il chantait toujours. Même ses voisines et voisins remarquèrent sa bonne humeur. Il avait trois patrons à satisfaire, le père de famille et ses deux frères, des vieux garçons. Il nous a déjà parlé de son oncle Pierre.

En 1936, son cousin Robert Legault, qui avait déjà épousé Cécile Gauthier (ma tante Cécilia), lui présenta la sœur de cette dernière, Dolorès. Il faut croire que le coup de foudre fut rapide car il décida qu’avec 30$ par mois, il ne réussirait pas à faire vivre une femme et une famille. L’un de ses frères l’informa que la Canadian John’s-Manville avait besoin de journaliers pour travailler sur la «track» à l’hiver 1936-37. Il déménagea donc ses pénates chez sa sœur Germaine et son beau-frère Eddy Chartier, sur la rue Saint-Joseph à Asbestos. Il continua donc ses fréquentations, forcément espacées car, à cette époque, on travaillait six jours par semaine et les routes n’étaient pas aussi rapides qu'aujourd’hui. On raconte qu’au mois de mai 1937 Lionel allait faire ses dévotions à l’église Saint-Aimé; probablement qu’il allait au mois de Marie. Un soir, une jeune fille de l’endroit le remarqua et lui demanda s’il ne serait pas intéressé à sortir avec elle. Il lui répondit qu’il avait déjà une bien-aimée dans le coin des Deux-Montagnes; cependant, ajouta-t-il, je pourrais te présenter à mon frère Marcel. Elle devint notre tante Léonie.

DOLORÈS, ma mère.

Dolorès naquit le 9 mars 1916 à Saint-Benoît, comté des Deux-Montagnes, dans les Basses-Laurentides. Cette municipalité fait maintenant partie de la ville de Mirabel. Ses parents Joseph Gauthier et Marie-Anne Filion habitaient dans le rang Saint-Joachim depuis 1907. Dolorès était la huitième enfant de la famille. Six garçons et une fille l'avaient précédée: Patrick, Edouard, Philippe, Cécile, Léopold (décédé à l'âge de 5 ans), Donat et Euclide. Deux de ses frères lui succédèrent: Doris et Harris. De plus, son père Joseph et Alexandrine Girard qu'il épousa en deuxièmes noces, lui donnèrent deux demi-frères: Jean-Paul (décédé à bas âge) et Maurice. Joseph Gauthier était cultivateur et occupa la maison du rang Saint-Joachim durant 42 ans. Sa mère, Marie-Anne, qui avait été institutrice durant quelques années avant son mariage, s'occupa de sa maisonnée durant les 16 années de mariage du couple. C'est là également qu'elle est décédée, au seuil de ses 41 ans. Ma mère Dolorès n'avait que quatre ans.

Dès l'âge de six ans, Dolorès fréquenta l'école du rang Saint-Joachim, dans la paroisse de Saint-Benoît. À l'époque, on débutait le primaire en fréquentant la classe dite Prépatoire, qui correspondait un peu à la Maternelle actuelle. Elle y compléta ensuite les cinq premières années du cours primaire. Puis, elle se retira de l'école afin d'aider sa belle-mère et sa sœur à tenir maison et aider aux travaux de la ferme. À l'époque, on devait préparer le pain maison en utilisant un four extérieur, faire des conserves avec les récoltes du jardin, faire la lessive manuellement car il n'y avait pas d'électricité, ni d'eau courante.

Dolorès et Lionel se marièrent, en l'église de la paroisse Saint-Benoît-des-Deux-Montagnes, le 7 mai 1838. On raconte qu'après la cérémonie religieuse et la réception à la maison de ferme du rang Saint-Joachim, Lionel et Dolorès entreprirent leur voyage de noces. Il a consisté à faire le trajet entre Saint-Benoît-des-Deux-Montagnes et Asbestos, dans les Cantons-de-l'Est. La distance à parcourir était d'environ 125 milles. Mais il fallait passer par Sherbrooke et emprunter de petites routes. On a dû réparer deux crevaisons en cours de route. La voiture Ford était conduite par le frère de papa, notre oncle Maximilien. Grand-père Joseph Legault prenait place à l'avant, du côté passager. À l'arrière, assis sur une paillasse (un matelas de paille), prenaient place les deux jeunes tourtereaux, Dolorès et Lionel. Grosse journée, en effet !

La première année passée à Asbestos, le couple cohabita en appartement chez Germaine et Eddy Chartier. Ce n'est qu'à l'été suivant qu'ils réussirent à trouver un loyer pour eux deux: le 40, rue Saint-Joseph, propriété de monsieur Zacharie Fréchette. Quelques années plus tard, la ville changea le numéro civique pour le 146. C'est là que naquirent, dans un grand 3 ½, Jean-Guy, Lise, Huguette et Denis. Dolorès et Lionel aimaient recevoir de la visite. On raconte qu'un certain été, ils avaient reçu de la parenté de Montréal durant plusieurs fins de semaine de suite.

Maman Dolorès savait gâter chacun de ses enfants. Bonne cuisinière, bonne couturière, elle avait aussi le don de nous faire plaisir. Un bon mot d'encouragement, un travail effacé, un dévouement sans relâche, c'était notre mère. Je ne l'ai jamais vue de mauvaise humeur.

On déménage... au 334, rue Saint-Jean-Baptiste, Asbestos

À l'été 1950, un an après la grève de l'amiante, Dolorès et Lionel décident de se faire bâtir un nouveau domicile au nord de la ville, tout près du parc Dollard. Le contrat a été accordé à un entrepreneur dénommé Bernier, assisté d'un monsieur Chouinard et d'un troisième employé. À eux trois, ils bâtiront en alternance trois maisons au cours de l'été. Lionel dessinera lui-même les plans de sa nouvelle maison: trois chambres à coucher, salon, cuisine, dépenses, salle de bain. À l'étage, on pourra plus tard ajouter deux chambres dans une partie du vaste grenier.

Lorsque fut venu le temps de couler le solage, une vingtaine d'hommes sont venus un samedi matin pour brouetter le ciment livré par un Ready-Mix. Lionel avait fait de même lors de corvées chez des compagnons de travail. Pendant la construction, comme les employés étaient payés à l'heure, Lionel invita son père Joseph à venir superviser les travaux. Venu de Drummondville, il logeait à la maison. Tous les matins, dès 6h45, il partait avec son lunch pour le chantier. Je l'ai accompagné à plusieurs reprises. C'est monsieur Chouinard qui nous prenait en passant avec sa Ford noire. J'y retournais souvent le soir après le souper avec Lionel. Il en profitait pour faire avancer les travaux moins spécialisés. Je me souviens de l'avoir aidé à faire le plancher du grenier. Il devait aussi, sans voiture, voir à l'achat des matériaux de construction, contacter les sous-traitants, payer le matériel et les employés.

Le déménagement se fit par étapes. Quand portes et fenêtres furent installés, maman regroupait plusieurs petites choses qu'on transportait chaque soir avec la petite voiture à quatre roues. On déposait ces choses dans le grenier jusqu'à la fin des travaux. Début octobre, on loua un camion pour déménager les gros meubles. Oncle Marcel et d'autres amis de la famille sont venus nous donner un coup de main. On déposa les vêtements dans une «bassinette». Nous possédions à l'époque un beau poêle à bois sur pattes, avec réservoir d'eau chaude incorporé. Aujourd'hui, il vaudrait une fortune. Comme il n'aurait pas cadré avec notre nouvelle cuisine, papa acheta une nouvelle cuisinière électrique. L'ancien a trouvé preneur pour 25$. Nous n'avions pas non plus de réfrigérateur. Quelques mois plus tard, on en acheta un de marque Fridigaire, un neuf pieds cubes. Nous avions acheté également une polisseuse bien avant la balayeuse électrique. Chaque dimanche matin, papa s'empressait de faire reluire le «prélard» de la cuisine.

J'ai habité à temps complet au 334 de 1950 à 1952. J'étais fier de pouvoir occuper une chambre plus tranquille, où je pouvais faire mes travaux scolaires. J'y avais mon grand lit et Denis, plus jeune, un plus petit. Si Lise et Huguette pouvaient fréquenter l'école Saint-Joseph située tout près, sur la rue voisine, pour ma part, je devais me rendre à pied à l'école Saint-Aimé. Je mettais environ 15 minutes, quatre fois par jour pour ce faire. J'ai souvenance d'être déjà allé cueillir des framboises avec Lionel dans les champs environnants. Aussi, en décembre, nous allions couper notre sapin de Noël sur la terre à Simoneau. Francine s'ajoute à la famille le premier mars 1951. Elle est née à la maison avec l'aide du docteur Letendre et de madame Olivier, sage femme. Puis ce fut le tour de Claudette, née à l'hôpital, le 16 août 1952. Nous étions fiers de notre belle maison en brique rouge. Elle était toujours accueillante et on pouvait toujours s'y réfugier le moment venu. Tout cela, c'est sans doute grâce à l'accueil de Dolorès et de Lionel. Yvon en 1956 et Mario en 1957 viendront plus tard compléter la famille.

Quelques mots sur ces années de mon enfance

La vie bat son plein à «La Mine», comme on appelait Asbestos à l'époque. J'ai gardé quelques souvenirs de mes jeunes années. Mes premières années au 146, rue Saint-Joseph furent marquées par la religion, la famille et les loisirs de l'époque.

Mon parents étaient très religieux; mon père surtout... Les dimanches, on faisait deux visites à l'église, une l'avant-midi pour la messe et une autre après le souper pour aller aux vêpres, suivies du chapelet récité par le curé. Parfois, en été, on ajoutait un chemin de croix en début d'après-midi. À cela, il faut mentionner l'abstinence du vendredi, le jeûne du Carême, le mois de Marie, les trois messes de minuit à Noël ainsi que la bénédiction paternelle du Jour de l'An, d'abord par grand-père Legault, puis par notre père Lionel.

La famille était tissée serrée. Chez mon père, on comptait 12 familles et chez ma mère, 10. On recevait beaucoup à la maison et on se visitait également. Les Legault demeuraient plus près; sept ou huit familles demeuraient à Wotton ou à Asbestos; les autres pas très loin. Quant aux Gauthier, ils étaient tous de la région d'Argenteuil--Deux-Montagnes. On les visitait chaque année, fin-juin début-juillet, lors des vacances annuelles de mon père. Ils venaient nous voir chacun leur tour. On était bien «recevant», comme on disait à l'époque.

Durant le temps des Fêtes, les soirées étaient animées par des chansons à répondre. De mémoire, j'en cite quelques-unes: Lève ton pied; Bonhomme, Bonhomme; C'est comme ça qu'ça se passe; La destinée, la rose au bois; Ah! Les fraises et les framboises; Ils ont des chapeaux ronds; Je m'en vais à l'écurie; Marie Calumet, Mon merle; Le p'tit avocat; L'temps du Jour de l'An; Son voile qui volait; etc.

Les loisirs se passaient principalement en famille. Plus jeunes, papa nous fabriquait lui-même nos jouets: petit cheval avec charrette, traineaux, bassinette pour poupée, planche à repasser, pour n'en nommer que quelques-uns. Les jeux de société: clue, monopoly, mille bornes, parchési, barreau, échelles et serpents et les jeux de cartes: le 500, le romain, le trou-de-cul, etc occupaient après-midis et soirées d'hiver.

Vers l'âge de 9 ans, durant l'été, nous pouvions participer aux activités du parc municipal, offertes par l'œuvre des terrains de jeux (OTJ). Les lundis, mercredis et vendredis étaient réservés aux garçons et les mardis et jeudis, aux filles. Vers 8h30, nous nous y rendions avec notre lunch. La journée commençait par un mot de bienvenue du grand-chef, suivi de la levée du drapeau et du chant de l'hymne national. Nous étions répartis en équipes selon notre groupe d'âge. Plusieurs activités occupaient nos journées, en plus des grands jeux et de la baignade, on participait aux jeux de poches, aux jeux d'anneaux, à la balle molle, etc. Vers 11h, tous les jeunes se regroupaient dans une pente, sous les arbres, pour la «grande histoire» et le chant. Cette animation était souvent sous la responsabilité de séminaristes. Au dîner, on venait nous livrer un bon lait au chocolat, un «Vico», comme on disait à l'époque. L'après-midi passait rapidement avec d'autres activités et une deuxième baignade.

Au parc Dollard, on avait installé plusieurs appareils de jeu dont les balançoires, les bascules, les glissoires, les bacs de sable, les échelles fixes ou volantes, les tourniquets et les vagues-de-mer. Vers 1950, on construisit une grande piscine, très appréciée des «otéjistes». Les années précédentes, on devait prendre place dans la boite d'un camion pour se rendre à une plage des Trois-Lacs. Les normes de sécurité, à cette époque, laissaient beaucoup à désirer.

En guise de conclusion...

De ma naissance à mon départ pour le collège, douze belles années se sont écoulées à Asbestos, au sein d'une famille heureuse. J'y retournerai à plusieurs reprises jusqu'au décès de Lionel en 1992 et de Dolorès, en 1994. Ils reposent au cimetière d'Asbestos avec leur fils Yvon, décédé en 1958, à l'âge de 5 mois et demi. Cette année, on commémorera le centenaire de la naissance de mon père, Lionel, né le 18 juillet 1911. Avec son épouse Dolorès, sa descendance compte huit enfants, 14 petits-enfants et 20 arrière-petits-enfants.

Jean-Guy LeGault
juin 2011


dimanche 26 juin 2011

Mes études post-secondaires à Victoriaville, Montréal, Sherbrooke, Ottawa, Québec et Bloomington, Indiana.

par Jean-Guy LeGault



J'ai entrepris mes études post-secondaires à Victoriaville en septembre 1956. Je fréquentais alors l'école normale Sacré-Cœur établie à Arthabaska, en banlieue de Victoriaville. Les deux premières années, j'ai continué mon cours classique et j'étais inscrit en classe de belles-lettres puis, en rhétorique. J'y suivais des cours de français, de latin, de grec, d'anglais, d'histoire, de mathématiques et de religion. Nous avions des professeurs très bien qualifiés. En juin 1958, après de longs examens de dissertation française, d'analyse littéraire, de thème et de version latines, de version grecque, de rédaction anglaise et de mathématiques, j'obtenais le diplôme de l'immatriculation senior, sous la responsabilité de la faculté des arts de l'université de Sherbrooke.

Ces deux années d'études collégiales (belles-lettres et rhétorique) étant équivalentes aux deux premières années du brevet A, m'ont permis d'entrer directement au brevet A IIIe année. Donc, pour l'année scolaire 1958-1959, j'étais inscrit en vue de l'obtention d'un premier diplôme d'enseignement. Des cours de philosophie, de pédagogie, de psychologie, de religion, d'hygiène physique et d'hygiène mentale, de législation scolaire et de diverses méthodologies permettaient alors, après deux petits stages d'enseignement pratique, de nous lancer dans l'enseignement, de la première à la neuvième année, grâce à l'obtention d'un certificat temporaire d'enseignement, bon pour six ans. C'est ce que l'on appelait le certificat B (14 ans de scolarité), à ne pas confondre avec le brevet B (13 ans de scolarité). Pour obtenir le brevet d'enseignement classe A et le baccalauréat en pédagogie, il fallait compléter, soit à temps complet, soit à temps partiel, la quatrième année du brevet A.

Quand je jette un regard rétrospectif sur ces trois années d'études comme pensionnaire à Arthabaska-Victoriaville, je ne peux m'empêcher de reconnaître que la formation reçue était d'aussi bonne qualité sinon meilleure que celle offerte dans les deux établissements scolaires gouvernementaux pour garçons, l'école normale Laval, à Québec et l'école normale Jacques-Cartier, à Montréal.

Comme nous passions des jours et des mois en résidence, l'horaire était savamment orchestré de façon à ce que les étudiants soient occupés du matin au soir. Les journées étaient réparties entre la prière, les cours, les travaux scolaires, le travail manuel et les récréations. Même les jours de congé et les périodes de vacances étaient programmées de façon à ce que les étudiants puissent parfaire leur formation religieuse, physique et intellectuelle. C'était l'époque où on mettait en pratique le dicton suivant: Ange à la prière, homme au travail, enfant au jeu.

C'est ainsi que les journées étaient parsemées de plusieurs exercices de piété: prière du matin, méditation, messe, chapelet, lectures spirituelles, etc. Les jours de fêtes, les offices liturgiques prenaient encore plus de place. La troisième année, on me confia la tâche de sacristain. J'occupais dans le chœur le prie-dieu d'office me permettant de répondre rapidement à toutes urgences «liturgiques». J'étais bien content de cette affectation qui me libérait de bien des tâches moins intéressantes: laver la vaisselle, nettoyer les toilettes, vadrouiller les planchers, peler les patates, etc. De plus, j'étais mon propre patron.

On mettait en pratique la devise: «Mens sana in corpore sano». Il fallait toujours être occupés durant les récréations. La guerre était faite aux «mémères»... On devait pratiquer tous les sports, qu'on aime ça ou non: en hiver, le hockey, la glissade avec de longues traines ou avec des sauteux (sorte de ski surmonté d'un siège), le patinage, etc. Au printemps, on fabriquait d'immenses monuments de neige. À l'été, on pratiquait le tennis, le croquet, la balle molle, le volley-ball, le jeu de fers, la balle au mur, la baignade, etc. À l'automne, c'était principalement le jeu de drapeau et le ballon chasseur. Enfin, d'autres occupations revenaient périodiquement à chaque année: la cueillette de l'eau d'érable, la ramasse des patates, la mise en conserve des légumes, la cueillette des pommes du verger, la préparation des patinoires, etc.

En classe, nous avions des profs bien diplômés possédant un doctorat, une maîtrise ou une licence. J'ai bien apprécié, entre autres, Gérard Bédard, prof de pédagogie et de mathématique, Georges Labrecque, prof de littérature française, de latin et de grec, Maurice Carrier, prof d'histoire. J'ai aimé d'une façon plus particulière les deux directeurs de l'école normale, Maurice Ratté, la première année, et Gaston Benoît, les deux dernières. Le premier s'est révélé un excellent éducateur qui a exercé une grande influence sur nous tous lors de ses conférences bi-hebdomadaires. Quant au deuxième, nous l'appréciions beaucoup pour sa compréhension des jeunes et sa facilité d'adaptation.

Après cette étape de formation, je suis allé enseigner en Beauce pendant trois ans. Après ces années à East Broughton, je retournais sur les bancs d'école pour terminer ma quatrième année du brevet A. C'est à Montréal, à l'école normale Sainte-Croix, située à proximité de l'oratoire Saint-Joseph que je passerai l'année scolaire 1962-1963. Cet établissement comptait environ 120 étudiants.

Nous formions un petit groupe de vie de neuf collègues, dont huit étudiants à l'école normale. J'étais le deuxième plus âgé. Ce fut pour moi, qui arrivait d'un petit village rural et minier, un véritable enchantement. J'ai toujours aimé la ville. Il y avait beaucoup d'endroits à visiter et des activités culturelles insoupçonnées; de plus, un centre sportif avec piscine, gymnase, allées de quille était à notre disposition tous les dimanches soir. J'ai apprécié particulièrement mon prof de philosophie, Vianney Saint-Michel, et mon prof de littérature, Louis-Philippe Morin. En philosophie, nous suivions le programme du B.A. avec six heures par semaine. Nous traversions au collège Notre-Dame pour nous joindre aux quelques étudiants de philo II.

Après cette année d'études, j'étais maintenant détenteur d'un brevet d'enseignement, classe «A» qui, en principe, permettait d'enseigner de la première année du primaire jusqu'à la fin du secondaire. Je me serais mal vu enseigner les sciences au deuxième cycle du secondaire. C'est sans doute la raison pour laquelle on m'a dirigé vers l'enseignement des langues, à la section classique d'écoles secondaires. À la fin d'août 1963, le recteur de l'université de Montréal et sa faculté des arts m'octroyaient un baccalauréat en pédagogie. J'étais maintenant muni de diplômes permanents et j'ai pu entreprendre les sept prochaines années d'enseignement secondaire, aux sections classiques de la Beauce et de la région des Bois-Francs.

De 1961 à 1964, j'étais inscrit à temps partiel à la faculté des arts de l'université de Sherbrooke. Je pouvais ainsi suivre mes cours, soit à la télévision, durant l'année scolaire, soit à Sherbrooke même, durant deux étés en vue de compléter la formation requise pour l'obtention du baccalauréat ès Arts. Les cours les plus appréciés furent ceux donnés par le prof de biologie Jean Robin.


À l'été 1969, je m'étais inscrit à un cours intensif (sept heures par jours, cinq jours par semaine, pendant six semaines) intitulé: stage en audiovisuel et en télévision éducative, offert par la faculté des sciences de l'éducation de l'université Laval de Québec. Sous la gouverne des professeurs Bernard Lachance et Philippe Marton, ce stage m'a charmé et a été un déclencheur pour ma formation future en éducation. J'y reviendrai à temps complet durant les années scolaires 1970-1972.

Entretemps, à l'été 1970, je consacre trois semaines complètes à l'université Saint-Paul d'Ottawa pour participer à un stage en radio-télévision, dans le cadre d'un certificat en communication sociale. Les deux premières semaines, les cours se donnent à même les locaux de l'université. Deux excellents réalisateurs de Radio-Canada Montréal étaient sur place pour cette formation intensive. La dernière semaine étant consacrée à la réalisation radio, c'est dans les studios mêmes de Radio-Canada, localisés à l'hôtel Château-Laurier, que se déroule notre formation. Nous avons à notre service plusieurs personnes de la station qui nous font bénéficier de leur expertise.

En 1970, je bénéficie d'un congé sans solde de la commission scolaire régionale des Bois-Francs de Victoriaville, pour deux ans, afin de compléter une licence en pédagogie, option audiovisuel et de commencer ma scolarité de la maîtrise en éducation, option technologie de l'enseignement, avec champ complémentaire en administration scolaire.
C'est donc à Québec que je déménage mes pénates pour les deux prochaines années, 1970-1972. La première année, je suis en résidence pour étudiants à Saint-Augustin-de-Desmaures. La seconde année, j'ai plutôt opté pour un loyer plus modeste sur la rue Hocquart, à Sainte-Foy, près du cégep Garneau.

Les sessions Aut-70, Hiv-71, Été-71 et Aut-71, me permettent de compléter la scolarité de la licence en pédagogie; à la session Hiv-72, je commence les séminaires de maîtrise en éducation.

La licence en pédagogie, à l'époque, était de deux ans pour ceux qui possédaient déjà le baccalauréat en pédagogie. On devait obtenir 30 crédits en pédagogie et 30 crédits dans l'option sélectionnée.

En pédagogie, j'ai suivi les cours suivants: philo de l'éducation, psycho et techniques de groupe, socio de l'éducation, méthodes et techniques de recherche, statistiques et probabilités appliquées à l'éducation, éthique du développement, théories de la personnalité, mesures et évaluation, relations humaines en éducation et la vie affective des groupes et, enfin, l'organisation et la conduite des réunions administratives et autres en milieu scolaire.

En audiovisuel appliqué à l'éducation, les cours suivants étaient au programme: introduction aux techniques audiovisuelles, documents filmiques, visualisation, l'ordinateur et l'enseignement programmé, phénomènes perceptuels et moyens audiovisuels, organisation et administration d'un service audiovisuel, technologie appliquée à l'éducation et moyens de communication de masse. Voilà pour la licence en pédagogie... C'est monsieur Henri Saint-Pierre, le directeur des études de l'époque, qui me confirma avoir suivi et réussi tous les cours exigés pour l'obtention de ce diplôme.

À l'hiver de l'année 1972, je commence la scolarité de la maîtrise en éducation: cours, séminaires de recherche et essai de fin d'études s'étaleront jusqu'en 1977, car je compléterai mes études à temps partiel, tout en travaillant à temps complet. Je ne peux passer sous silence la grande disponibilité de mon directeur de recherche, monsieur Philippe Marton et son encouragement à mener à bon terme mes études de second cycle. Mon essai de maîtrise présenté à l'école des gradués portait le titre suivant: «Le service de l'audiovisuel du campus Notre-Dame-de-Foy: bilan des activités de 1972 à 1977 et recommandations en vue d'un développement futur.».

À l'été 1972, je m'étais permis une petite escapade de huit semaines à Bloomington, en Indiana. Inscrit à l'Indiana University, School of Education, Department of Instructional System Techonology, j'ai suivi deux cours qui m'ont été crédités à Laval: Preparation of Inexpensive Instructional Materials ainsi que Utilization of Audio-Visual Materials. Cet été-là, nous n'étions qu'une douzaine de Québécois sur 34 000 étudiants. Nous nous réunissions les dimanches soirs pour prendre le souper ensemble. Je m'étais fait un petit groupe d'amis, Georges, Rita, Alice, Gabrielle et Jeannette. Les samedis, nous en profitions pour prendre un autobus et aller nous baigner à une plage du seul lac de l'Indiana, le lac Lemon, qui de plus était un lac artificiel. Un certain samedi matin, nous nous sommes rendus à Indianapolis, la capitale de l'état, située à 46 milles au nord de Bloomington. En circulant dans le plus grand centre d'achat de la ville, nous avons été surpris de constater que toutes les femmes de l'endroit portaient fièrement leurs bigoudis en public lors de leur magasinage hebdomadaire. Ah! ces Américaines... Bloomington était reconnu pour son école de musique. Je me souviens d'avoir pu assister à la présentation de la comédie musicale Fiddler on the Roof.

En guise de conclusion, je peux dire que j'ai été un perpétuel étudiant. Beaucoup de formations additionnelles, de courte durée, peuvent s'ajouter à mon CV. Signalons, à titre d'exemple, un stage d'une semaine en journalisme écrit à Montréal-Matin, un stage de quelques jours à l'office national du film du Canada, même chose à Télé-Québec, une semaine en techniques vidéo à Teccart, une semaine pratique sur les techniques de création de diaporamas au Studio-RM du Cap-de-la-Madeleine, des formations offertes par Performa de l'université de Sherbrooke, des cours télévisés offerts par le MEQ, plusieurs formations en informatique, des cours d'espagnol durant six semaines à la faculté des lettres de Laval, des cours intensifs d'anglais, avec la Method 203 et le prof Paul Bournival, à Saint Anne's Camp, Isle LaMothe, quatre cours de guide touristique à Mérici, des cours de RCR, de cuisine, de Tai Chi, de danse sociale, de lecture rapide, de yoga, etc. etc.

Jean-Guy LeGault,
juin 2011

5- Mes quatre années d'enseignement à la C.S.R. des Bois-Francs, Victoriaville, 1966-1970

par Jean-Guy Legault

++++++++++++++++++++++++

En 1966, je suis de retour à Victoriaville pour les quatre prochaines années d'enseignement au secondaire, section classique. La première année, je réside au 905, boulevard des Bois-Francs Sud, dans le secteur d'Arthabaska. Plus jeune, j'y avais fait une bonne partie de mes études secondaires, collégiales et psychopédagogiques.

Durant l'année scolaire 1966-1967, je reviens à mon Alma Mater à titre de professeur-titulaire de la 10e classique. Le collège d'Arthabaska, un établissement d'enseignement privé avec pensionnat, est alors associé à la commission scolaire régionale des Bois-Francs (CSRBF). J'y enseigne le français, le latin, le grec et l'histoire des civilisations gréco-latines. De plus, on a ajouté à ma tâche, quatre périodes d'enseignement du français aux élèves de la 10e sciences-lettres. Ma classe principale compte 18 élèves, 10 pensionnaires et 8 externes. Par contre au scientifique, j'ai seulement cinq élèves. Je n'ai pas tellement aimé ce petit groupe de cinq: un fort, deux moyens, deux faibles. Ça manquait de dynamisme.

La deuxième année, en 1967-1968, je déménage mes pénates à Victoriaville «downtown» dans une résidence pouvant accueillir une douzaine de personnes, dont plusieurs plus jeunes que moi. Pendant trois ans, j'ai pignon sur rue au 42 Monfette, à Victoriaville. J'enseigne à l'école Saint-Wilfrid rebaptisée école Le Manège où je peux facilement me rendre à pied. Un seul niveau, 2e secondaire; deux groupes d'élèves seulement; deux matières, latin et grec. Ma préparation a été très allégée car j'avais déjà enseigné à ce niveau. Petitmangin, en latin, et Ikaros, en grec, étaient pour moi de très bons amis. Mes collègues dirigeaient ou enseignaient dans d'autres établissements de Victoriaville: école Massicotte, école Morissette et «académie» Saint-Louis-de-Gonzague. Cette dernière portait un titre assez ronflant pour une simple école primaire.

La troisième année, en 1968-1969, je suis affecté à l'école J.-P.-H.-Massicotte, autrefois École secondaire pour garçons. Trois groupes de 3e secondaire et trois groupes de 4e secondaire. Professeur de latin. Je rencontrais chacun de mes six groupes trois fois par semaine (environ 180 élèves). Et mon horaire était très échevelé... Année très difficile ! J'ai dû quitter avant la fin d'année pour burn-out.

La quatrième année, en 1969-1970, je suis transféré à l'école Albert-Morissette que fréquentaient environ 1000 étudiantes. Avant de la renommer, cette école était connue sous le nom de l'École secondaire pour filles. C'était une nouveauté pour moi; auparavant, je n'avais enseigné qu'aux garçons. J'y étais prof de latin en 3e année du secondaire (36 filles) et à trois groupes de 22 à 27 élèves de secondaire 2. Très belle année. Élèves studieuses et disciplinées. C'était du gâteau.

Les implications dans le milieu:

À Victoriaville, nous étions bien intégrés au milieu. Certains de mes collègues animaient des troupes de scouts, de louveteaux ou de pionniers. D'autres étaient entraîneurs des équipes de hockey Bantam. Michel J. était secrétaire du syndicat des enseignants. Bertrand participait au mouvement des Cursillos. André avait créé l'école des sports de Victoriaville. Denis animait un ciné-club étudiant. Claude et Raymond s'occupaient d'une famille démunie. Georges donnait des cours de sécurité routière aux chauffeurs d'autobus scolaires. Michel L. était coordonnateur des services de loisirs pour le Centre-du-Québec. Edgar s'occupait activement de l'amicale des anciens de son école. Plusieurs étaient engagés dans les mouvements d'action catholique de jeunes et œuvraient aussi au camp diocésain de Nicolet. Tous participaient aux activités de la Pastorale des religieux et religieuses.

Pour ma part, j'ai travaillé activement au sein du comité d'information chrétienne (CIC). Chaque semaine, nous publiions dans les hebdos régionaux, L'Union des Cantons de l'Est de Victoriaville et La Parole de Drummondville, une page complète portant à réflexion. Nous couvrions aussi l'actualité religieuse de la région. Je faisais parvenir plusieurs communiqués pour les pages régionales de La Tribune et du Nouvelliste et j'alimentais également les hebdos L'Union, La Nouvelle et L'Écho des Bois-Francs. D'autres brefs communiqués était envoyés au poste de radio local, CFDA. De plus, je m'occupais de la comptabilité de cet organisme à but non-lucratif.

En 1969 et 1970, j'ai aussi été directeur du bulletin Échange, publié quatre fois par année. Cette «feuille de chou» permettait aux missionnaires FSC de Madagascar et du Cameroun de garder contact avec leur famille et avec leurs confrères des Bois-Francs.

Cours de perfectionnement durant ces quatre années:

De 1966 à 1970, je n'ai pas hésité à suivre plusieurs cours de perfectionnement à travers lesquels on devine un certain intérêt pour les communications; d'autres, plus brefs, dénotent certains goûts particuliers.

-Stage d’initiation au journalisme écrit, OCS, Montréal-Matin (1 sem.) 1968
-Stage sur les techniques du diaporama, Studio RM, 3-Riv. (1 sem.) 1969
-Stage en AV et TV éducative, Université Laval (6 sem.) été 1969
-Cours télévisé, Intro à l’Audiovisuel. Université de Montréal (2 cr) 1970
-Stage en radio-tv, Université Saint-Paul, Ottawa (80 h) été 1970
-CCC, Québec, session d’études sociales, (15 h) 1967
-Saint-Anicet (Montérégie), session de spiritualité (100 jours) hiver 1968
-Victoriaville, SAAQ, cours de perfectionnement en sécurité routière, 1969
-Tingwick, Mont-Gleason, cours de perfectionnement ski alpin, hiver 1970.

Expo 67 et Terre des Hommes:


En auto, nous n'étions qu'à 1h20 du pont Jacques-Cartier et des Îles de l'Expo. Nous avons eu plusieurs occasions de communier à ce point tournant dans le développement social, économique, culturel et urbanistique de Montréal et du Québec tout entier.

Construction d'une nouvelle résidence:

À l'été 1970, pour permettre à la commission scolaire de Victoriaville d'y installer ses bureaux, nous avons dû libérer la résidence de la rue Monfette. Nous sommes donc déménagés temporairement à Arthabaska pendant la construction de la nouvelle résidence du 62, boulevard Sainte-Croix. C'est Lionel et moi-même qui avons suggéré les plans à l'entrepreneur et avons supervisé la réalisation. Douze chambres, trois salles de bain, une salle d'eau, deux salons, cuisine, salle à manger. Tout ça pour environ 40 000$.

En guise de conclusion:

Ces quatre années passées au cœur des Bois-Francs m'ont permis de m'intégrer pleinement à la population locale. J'y ai créé de belles amitiés que, malheureusement, je n'ai pas pu entretenir.

Les deux années suivantes, 1970-1972, je serai étudiant à temps complet au département de Technologie éducative de la faculté des sciences de l'éducation de l'université Laval. Ce sera également une autre belle expérience. Nous reviendrons éventuellement sur ces années de perfectionnement.

P.S.: Parmi ceux qui résidèrent sur la rue Monfette de 1967 à 1970, seuls les quatre plus anciens persévérèrent en communauté; les neuf autres retournèrent à la vie civile, prirent femme et la plupart sont devenus pères de famille et même grand-pères.

Jean-Guy LeGault,
L'Ancienne-Lorette, septembre 2010.

Lettre au Supérieur général , Frère Maurice Ratté, le 4 mars 1971

Rien ne va plus je demande conseil au Supérieur général, frère Maurice Ratté.