mercredi 11 août 2010

Que m'a apporté Jesus Magister? par Jean-Claude Éthier S. C.

«JESUS MAGISTER»…
UNE ÉTAPE PLEINE DE RESSOURCES
POUR LES DÉFIS À VENIR


Dans un de nos moments d’échange, j’avais évoqué pour l’ami Florian la possibilité d’aborder une table ronde entre anciens de «Jesus Magister» avec la question toute simple : ««Que t’a donné «Jesus Magister»? En fin renard, celui-ci m’a refilé la question en me disant : «Et toi, que répondrais-tu?»

Voilà, j’étais pris!

Des «provisions pour la route de la vie», c’est en gros ce que m’a donné «Jesus-Magister». Pas pour toute la route bien sûr, – il y a eu de bonnes opérations débroussaillage –, mais pour des étapes importantes «Jesus Magister» s’est révélé un point de repère pour réajuster et réorienter. Vivre c’est changer!

J’avais 28 ans lorsque l’expérience «Jesus Magister» m’est tombé dessus. En tant que religieux et en tant qu’éducateur, j’étais extrêmement motivé. Je voulais tous les atouts de mon côté; naïvement, je me disais : «Si tu veux donner [en tant qu’éducateur], il faut que tu aies quelque chose à donner.» J’ai fait des choix dans ce qui m’était offert, j’ai tassé des choses et j’en ai accueillies.

De fait, intellectuellement j’étais en état d’accueil; je voulais approfondir, «ruminer», ajouterait Florian, des questions bien précises à ce moment-là de ma vie : en particulier, dans les dimensions communications et langage, pensée ou philosophie, histoire, culture, société. Et le milieu romain dans lequel nous étions plongés nous en offrait la possibilité.

Personnellement, j’ai trouvé très juste le commentaire que le correcteur de mon mémoire (le Père F. Giardini, O.P.) a fait après l’examen de cet écrit tous azimuts présenté pour l’obtention de ma licence : «Notevole é il gusto dell’autore per i vasti panorami teologici.» «Remarquable est le goût de l’auteur pour les vastes panoramas théologiques.], En effet, mon esprit est ainsi fait que j’évolue plus aisément dans les synthèses que dans les analyses rigoureuses – j’allais dire pointilleuses.

Donc, quand un cours au programme, comme la dogmatique, consistait à partir du De creatione, de religione, de revelatione, de Deo uno, etc., pour aboutir au De novissimis, cela ne me rebutait en rien. Aucun problème non plus à galoper dans plusieurs livres de la Bible et dans l’histoire de l’Église.

J’ai beaucoup aimé les cours du professeur Angeli sur la philosophie du droit qui nous introduisaient au Code de droit canonique en général et au droit des religieux en particulier. Furent grandement appréciées aussi les cours de Mgr Pietro Pavan en sociologie. J’ai considéré ces cours comme des «déclencheurs» d’une réflexion qui s’est longtemps poursuivie.

Autres précisions concernant les cours à la «Pontificia Universitas Lateranensis». Trois ans avant de m’inscrire à l’institut Jesus Magister, en 1955, j’avais commencé une maîtrise en littérature latine à l’Université d’Ottawa. Séjourner à Rome même, suivre des cours en latin comme ce fut le cas la première année, s’attaquer à des textes de base en latin, c’était pour moi une aubaine. Quelle chance extraordinaire! Ensuite, parmi les trois disciplines qui devaient être officiellement reconnues sur mon diplôme d’enseignant du secondaire de l’Ontario, il y avait l’histoire. J’étais décidément très favorisé.

Si, comme je viens de le mentionner, mes études futures ont bénéficié de mon passage à «Jesus Magister», qu’en est-il de ma carrière?

Évidemment, d’autres chemins auraient été possibles, d’autres que la via romana. Mais il faut m’en tenir à ce que j’ai vécu comme réalité, et c’est à partir de là que j’ai fonctionné; je n’en ai aucun regret.

Le destin a fait que j’ai eu au cours des années 1960 et 1970 de forts engagements dans le renouveau de la vie religieuse (sur la lancée de Vatican II) au plan de ma propre communauté; j’ai œuvré dans des comités, des commissions, des rassemblements, des chapitres. Et au cours des années 1980 et 1990, je me suis vu d’abord confier la responsabilité de coordonnateur provincial de l’éducation chrétienne (secteur français) pour l’Assemblée des évêques de l’Ontario et, par la suite, la responsabilité de coordonnateur national de l’éducation chrétienne (secteur français) pour la Conférence des Évêques Catholiques du Canada. Cela n’aurait pas été possible dans mon cas, je pense, si je n’avais pas reçu la chiquenaude, la préparation donnée par «Jesus Magister». J’ajoute que cela m’a permis aussi d’être chargé de cours en sciences religieuses durant six ans dans le cadre du programme d’extension de l’Université Laurentienne.

Enfin, la vie de groupe, la vie communautaire qui, durant trois ans, a été la nôtre à la pension Via de Mascherone, a été très stimulante et marquante. Les liens, l’amitié, qui ont traversé les ans, en sont le signe. Les personnes qui ont composé ce groupe ont créé grâce à leur forte personnalité, leurs talents, leur dynamisme, un milieu d’inspiration et de formation qui a alimenté notre désir de connaître, éveillé notre intérêt et même aidé à combler les lacunes découvertes à l’Université, entre autres.

En conclusion, je dirais que l’expérience «Jesus Magister» a contribué, à sa manière, en son temps, au raffinement de cette herméneutique qu’éternellement j’essaie de pratiquer pour que ma quête de sens trouve un certain apaisement.

Jean-Claude Éthier, S.C.

mardi 10 août 2010

QUE M'A APPORTÉ JESUS MAGISTER? par Lionel Pelchat

(Lionel Pelchat, alias frère Jean-Pierre)


Accepter de répondre à cette question, c’est accepter de s’étendre lentement sur un divan, de fermer pudiquement les yeux et de plonger tête première quelque cinquante ans en arrière. C’est aussi se rendre compte que Boileau s’est magistralement trompé le jour où il a osé écrire dans son Art Poétique :


« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement,
« Et les mots pour le dire arrivent aisément.


Même s’il ne fait aucun doute que le Lionel qui est rentré au Québec en août 1962 n’était pas du tout le même que celui l’avait quitté quatre ans plus tôt, il n’en reste pas moins que d’essayer d’emprisonner dans des mots les diverses transformations qui s’étaient opérées en moi pendant ces quatre ans est loin de s’avérer une sinécure. Mais puisque j’ai accepté de répondre à la question posée par mon ami Florian, à savoir : « Que t’a apporté Jesus Magister? », je m’attelle à la tâche en espérant que les réflecteurs que j’utiliserai dans le but d’essayer d’analyser cette tranche de ma vie m’aideront à bien répondre à la question posée.

Quiconque passe plusieurs années à étudier à l’université, quelle qu’elle soit, voit inévitablement ses connaissances s’accroître et sa personnalité évoluer. Et les quatre années que j’ai passées à l’université du Latran n’ont pu faire autrement que de meubler mon esprit de nouveaux savoirs directement liés aux diverses disciplines imposées par le cursus qui m’a mené à l’obtention d’une licence en Sciences Religieuses. Et ceci s’applique à tous ceux qui ont suivi les mêmes études que moi.

Mais, ces études philosophiques et théologiques se fussent-elles déroulées à Montréal ou ailleurs au Québec que ma personnalité n’aurait pas été aussi profondément métamorphosée qu’elle le fut par un long séjour en Europe. Au cours de la longue semaine de la traversée qui m’amena de Montréal à Liverpool, je n’avais réalisé que théoriquement l’énorme chance que j’avais d’avoir été désigné comme étudiant dans la Ville éternelle. Mais, dès les premières semaines après avoir mis le pied sur le vieux continent, je me rendis compte que les quelques années à venir allaient m’apporter beaucoup plus que ce que j’avais imaginé le jour de ma nomination quelques semaines plus tôt.

Déjà, pendant le voyage en train que j’avais fait, seul, de Paris à Rome, en m’arrêtant en Belgique, en Hollande, en Allemagne, en Suisse et dans le nord de l’Italie, j’avais vu tant de merveilles, et j’avais réalisé qu’il y avait tant de choses à apprendre, que je voulais tout voir et tout visiter. Mais, me disais-je, tu as encore quatre ans devant toi; tu devrais peut-être commencer par apprivoiser de nouvelles langues afin de mieux profiter de toute cette culture.

J’ai donc entrepris ma première année d’université en ayant deux objectifs en tête : réussir mon année académique et apprendre l’italien. Je ne consacrais qu’une demi-heure systématique par jour à l’étude de cette langue, mais l’environnement quotidien dans lequel je baignais (transports publics, une heure de télévision, visites de musées, etc.) venait doubler l’efficacité de mon apprentissage de la langue de Dante. De plus, je demandai d’aller passer mes premières grandes vacances d’été (1959) au postulat-noviciat d’Albano où je pus jouir d’une immersion totale en vivant dans une ambiance 100% italienne toute la journée durant, et ce, pendant trois mois. À la rentrée d’octobre, je parlais évidemment italien couramment.

Lors de la deuxième année, ce fut vers l’espagnol que je jetai mon dévolu. Et aux grandes vacances de l’été 1960, après avoir suivi un cours de civilisation française (langue, art, philosophie) à l’Institut catholique de Paris pendant un mois, je mettais le cap sur l’Espagne où j’allais me frotter cette fois-ci au verbe de Cervantès pendant presque trois mois encore. Puis, un an plus tard, ce fut Londres qui se chargea de satisfaire mon appétit insatiable des langues. Et une fois ma licence décrochée, en juin 1962, je passai deux autres mois à l’université de Madrid avant de prendre le chemin du retour vers le Québec.

Jusqu’ici, dans ma réflexion sur mes années romaines, je n’ai développé que le volet étude des langues qui constituait évidemment mon hobby préféré, mais vous pouvez facilement imaginer ce que tous ces divers séjours et multiples voyages en différents pays supposent en apports culturels, sociologiques et religieux. Combien de fois ne m’a-t-il pas été donné de pouvoir vérifier la véracité du proverbe «C’est du choc des idées que naît la lumière » ! La lumière pour d’autres, peut-être, mais surtout pour moi qui me trouvais souvent dans l’obligation d’essayer de bien comprendre la position d’un opposant avant d’essayer de lui démontrer pourquoi je croyais qu’il avait tort. Quels arguments apporter à un Espagnol franquiste jusque dans la moelle pour essayer de lui démontrer que la démocratie comporte plus de qualités et moins de défauts que la dictature ? Comment défendre la position du croyant que j’étais devant une sympathique matrone anglaise (la propriétaire de la maison de pension que j’habitais à Londres) qui affiche ouvertement son athéisme devant tout le monde ? Comment ne pas réaliser la profondeur de mon ignorance en sculpture et en architecture (et en arts en général) alors que ce fut un bambino romain encore d’âge scolaire qui, par hasard, m’initia à l’art baroque en me décrivant en détails la façade du palais Farnese à côté duquel nous habitions ?, etc. Toutes ces discussions et chacune de ces rencontres étaient source d’approvisionnement intellectuel et d’approfondissement de toutes sortes qui ne purent que laisser de profondes traces en moi.

Aucun des nombreux professeurs que j’ai eus au cours de ces quatre années ne m’a vraiment marqué. Certains étaient plus éveilleurs que d’autres, certes, mais je ne suis revenu de Rome avec aucune idole à vénérer ni aucun maître à imiter. Dans mon enseignement subséquent, j’ai surtout cherché à éviter de répéter les erreurs et les défauts des professeurs qui ne faisaient pas le poids plutôt que de me proposer de suivre l’exemple de celui-ci ou de celui-là.


Par contre, un certain nombre d’aphorismes directeurs de vie ou de comportement me sont toujours restés en tête. Pour n’en citer que quelques-uns : «Contemplata gratis aliis tradere » (1) ; « Maxima utilitas, minimis mediis » (2) ; « Quidquid recipitur ad modum recipientis recipitur » (3) ; « Usus magister optimus » (4); « Bis dat qui cito dat » (5) ; «Amicus Plato sed magis amica veritas », etc.

À mon retour de Rome, j’enseignai la Religion et la Philosophie à l’École Secondaire Richard de Verdun pendant deux ans. Je crois pouvoir affirmer que mes cours de philosophie ont répondu aux attentes inavouées de mes élèves, mais ce furent surtout mes cours de religion qui réveillèrent le plus d’intérêt chez eux. Ces élèves de 11e et 12e année avaient été habitués à s’entendre répéter les mêmes lieux communs depuis leur entrée à l’école. Or ils se trouvaient soudainement devant un prof en soutane qui, au lieu de leur imposer son enseignement, les invitait à réfléchir, à critiquer, à discuter, voire même à contredire les positions théoriques qu’il leur présentait ! Ils sentaient chaque jour leur barque s’éloigner un peu plus du rivage du prêt-à-porter qu’on leur avait jusque-là imposé. Voulant leur faire comprendre que la pratique de la religion devait avoir comme base l’amour plutôt que la crainte, la confiance plutôt que la peur, je remplaçais les « Malheureux ceux qui… » par les « Bienheureux ceux qui… », etc. Et c’est à ce moment-là que je me rendis compte que les cours de Bible et de Morale que j’avais suivis avec plus ou moins d’intérêt à JESUS MAGISTER pouvaient avoir des répercussions dans la vie de tous les jours, même dans celle d’adolescents dont les préoccupations principales étaient loin d’avoir quelque rapport direct que ce soit avec la religion.

Pour les raisons que j’expose en détails dans mon autobiographie, « Lionel…une vie », je quittai la communauté en 1964 et m’embarquai pour l’Afrique où la connaissance des diverses langues que je possédais me fut beaucoup plus utile que mon savoir théologique. J’avais en effet réussi à obtenir mon premier contrat avec le gouvernement canadien parce que je répondais au profil que le Ministère de l’Éducation malien avait soumis à Ottawa, celui d’un professeur de philosophie et de langues pour l’École Normale de filles de Bamako. Et dès mon arrivée au Mali, je me mis à l’étude de l’allemand. La roue était lancée. J’allais désormais gagner ma vie en enseignant la voie vers la connaissance des langues plutôt que de prêter ma voix aux mystères des voies de Dieu.


Mon orientation de vie avait bifurqué et mon bateau avait changé de cap, mais les nombreuses expériences que j’avais vécues et les divers savoirs que j’avais acquis pendant les quatre années de JESUS MAGISTER ne pouvaient cesser de faire partie de mon être. Et j’ai toujours continué de savoir gré à toutes les causes et à tous les hasards absolument indépendants de mon vouloir qui ont fait que j’ai eu la chance de vivre ces plus qu’enrichissantes années d’études à l’ombre du Vatican.
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(1) Sache partager gratuitement avec les autres les choses que tu as apprises.
(2) Savoir produire les meilleurs résultats par la plus grande économie de moyens possible.
(3) Tout ce qui est compris ou appris l’est selon l’esprit de celui qui le comprend ou l’apprend.
(4) C’est par la pratique que l’on devient maître.
(5) Qui donne rapidement donne deux fois.
(6) Ton amitié m’est précieuse, mais la vérité me l’est encore davantage.

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Lionel Pelchat, mai 2010

lundi 9 août 2010

Ce que m'a apporté Jesus Magister par Laurent Normandin


Ouvrir les vannes de mes souvenirs de JESUS MAGISTER comporte un risque de déluge… Évitons les dégâts. Un quidam disait : « Je suis comme un petit ruisseau : peu profond mais clair». Je m’abrite derrière cette constatation. Quelques filets laisseront soupçonner le torrent possible. Un mot pourrait circonscrire ce que m’a apporté JESUS MAGISTER : ouverture.

Certes, trois années d’étude aux cours publics de théologie à l’Université Laval de Québec (1953-1956) m’avaient donné quelques assises avec des professeurs comme l’abbé Jean-Marie Fortier qui deviendra archevêque de Sherbrooke (celui qui m’a ordonné prêtre en 1971) et l’abbé Vachon qui deviendra archevêque et cardinal de Québec.

Mais Rome me procurera une ouverture considérable, indélébile : psychologie, droit et relations internationales, histoire de l’Église, théologie spéculative et sopra tutto l’Écriture Sainte. Je regrettais l’absence de liturgie, mais cela viendra plus tard.

Me faudrait-il décerner une palme d’or à celui de mes professeurs qui m’a le plus marqué? Je l’accorde illico au père Évode Beaucamp, o.f.m. Son enseignement continue de m’inspirer. Médaille d’argent à Carlo Molari pour son enseignement projeté avec passion et le désir de nous faire plonger dans le mystère. Effort plus que louable étant donné que le français n’était pas sa langue maternelle. Je note cependant que je ne me sentais pas du tout perdu lorsqu’il enseignait en latin, latin de cuisine dans bien des cas.

JESUS MAGISTER n’était pas qu’une institution d’étude. C’était comme un laboratoire de relations internationales étant donné la provenance de confrères de plusieurs pays. Je m’aperçois que le climat de fraternité qui y régnait s’était bâti, disons-le (notre humilité étant sauve), sur la qualité des membres qui la composaient. On sentait le respect, le support de chacun, le goût de confronter les idées dans un esprit bon-enfant, un brin frondeur pour pimenter la vie commune. Il faut dire que le frère Louis-Régis (Pascal Ross) le premier, notre diligent directeur, nous entraînait hardiment au travail.

Par ricochet, je saurai que mon enseignement en matière religieuse dans les 11e années de l’école secondaire St-François de Sherbrooke (62-64) sortait du ronron somnifère des méthodes précédentes en conjuguant à bon escient anthropologie chrétienne, théologie, histoire et Bible. Comme j’y enseignais aussi avec plaisir l’ÉDUCATION CIVIQUE ET PROFESSIONNELLE, je mettais à profit quelques notions de droit et de relation.

Dès les premiers mois après mon retour de Bruxelles en 1962, j’étais chargé de dispenser quelques cours à la faculté des sciences religieuse de l’Université de Sherbrooke. Beaucamp me hantait avec profit.

Quelques années (7 ans) comme responsable de formation (responsable au juvénat, postulat, noviciat et scolasticat) m’ont forcé à puiser dans mon maigre bagage psychologique et à étendre mes connaissances dans ce domaine. Je ne puis affirmer que les compétences acquises à Rome ont joué d’une façon prépondérante sur la demande qui m’a été faite de recevoir l’onction sacerdotale (1971) pour le service de mes frères en Église.

Qui l’eût cru? me voici de retour à Rome de 1974 à 1985 dans l’équipe animatrice de la session spirituelle internationale FSC. Durant ces 11 ans, j’ai puisé abondamment à la fontaine « magistérienne ». Poursuivant mon déniaisement, j’ai pu fréquenter San Anselmo del’Aventino en liturgie comme auditeur libre. L’Institut de spiritualité de la Grégorienne m’a aussi accueilli à quelques reprises.

À regret, je ne m’étendrai pas sur les fantastiques et enrichissantes découvertes de Paris à la Catho et à la Sorbonne durant les vacances de 1959 et 1960 : littérature, cinéma et musique dansaient une valse enivrante. Ajoutons le contact tonifiant avec les frères de St Alban en Angleterre. Sans compter l’année 61-62 à LUMEN VITAE, Bruxelles, en catéchèse. Ouf! De quoi paraphraser un incessant MAGNIFICAT pour le reste de mes jours!

Bromptonville, 1 septembre 2010

dimanche 8 août 2010

Que m'a apporté Jesus Magister par Florian Jutras


Un bilan de la formation reçue à Jesus Magister
Comme le dit Mc Luhan, le médium c’est le message. En l’occurrence le medium c’est Rome, c’est la fraternité de Mascherone et aussi l’Université du Latran. Les faiblesses liées au programme et au contenu des cours ont été largement compensées par la richesse du médium qui m’a plongé en immersion totale dans une eau purificatrice de mes scories, libératrice de mes des tabous intellectuels concernant la Révélation et qui m’a régénéré dans un univers de concepts théologiques fort riches.
Nous étions un groupe cobayes pour un vin nouveau qui n’avait pas été suffisamment décanté dans l’esprit des professeurs du Latran. Le programme n’avait pas subi l’épreuve du temps On y a mis beaucoup de choses inutiles ou non appropriées. L’Université du Latran était fort bien équipée dans les facultés de droit canon et de théologie, mais en catéchèse, c’était plutôt faible. Et répondre à des attentes culturelles en une période de profondes transformations, c’est un défi fort difficile à relever.
Plusieurs de ces raisons expliquent qu’on ait dû fermer l’Institut après à peine douze ans d’existence. (3)
Si je sonde mes entrailles et me demande ce qu’il m’a donné, la réponse est fort différente.
Intellectuellement Jesus Magister m’a enrichi. Il m’a introduit dans plusieurs ateliers de réflexion théologique. On peut dire que ces trois années ont ancré en moi sur des bases solides le tronc et les principaux embranchements de la Révélation objet de la foi chrétienne. Voici en condensé, mon principal héritage de Jesus Magister. 



La théologie servante de la révélation


Voir ce que l’esprit humain, qui enfourche de frêles petites ondes, peut tirer en connaissances de l’univers, de son histoire et d’astres situées à des milliards d’années lumière de nous, c’est émerveillant et époustouflant.

Le donné révélé, fondement de la foi chrétienne, est aussi un univers répandu à travers le temps et l’espace en des milliards de petites étoiles qui signent, souvent à faible intensité et au milieu d’un vacarme de parasites, la discrète présence de Dieu et son dessein de faire alliance avec l’homme.

Fouiller cet univers, découvrir le sens de ces histoires souvent disparates, tout traduire en concepts qui se tiennent, qui forment un tout intelligible et cohérent c’est une œuvre gigantesque comparable à toutes celles que le génie humain a montées dans des domaines aussi différents et aussi variés que la physique nucléaire, l’astronomie et la mathématique.

Cette œuvre dont je ne connaissais que des brindilles éparses, celles du petit catéchisme ou de la nomenclature des dogmes, je l’ai entrevue dans son ensemble. Je sors de ce bain émerveillé par la vision de la doctrine chrétienne, par sa cohérence et par l’éclairage qu’elle apporte à l’intelligence humaine du milieu divin révélé.

Je suis émerveillé aussi par les génies humains, de saint Paul aux Pères des conciles et du concile Vatican II en passant par saint Augustin et par le Docteur angélique, saint Thomas d’Aquin, qui l’ont réalisée.

J’ai aussi mieux compris la fonction de la théologie dans le maintien et la promotion de la foi. Sans les longues palabres byzantines entremêlées des plus vils intérêts qui ont fourni la matière brute des dogmes conciliaires, il y aurait eu un gros risque que cette merveilleuse expérience de Dieu s’effrite dans le décor ou ne sombre dans la plus avilissante des superstitions si elle n’avait pas été coulée dans une structure rigide, celle des dogmes de la sainte Église. S’effriter dans le décor, au temps de la primitive Église cela voulait dire donner dans la gnose omniprésente dans les premières communautés chrétienne et dont l’influence sur l’interprétation du mystère chrétien se prolongera jusqu’à nos jours.

Jésus aurait-il pu survivre dans l’atmosphère gnostique ? Peut-être, mais il n’aurait pas vécu comme Jésus de Nazareth, plus probablement comme le Verbe, éon de lumière, dernier échelon de la parcelle de divin prisonnier dans la pâte humaine. Rien de nouveau, un Horus égyptien ou un Mithra romain.

Notre foi est fondée sur le Jésus de l’histoire incarné et ayant vécu en un temps « x » sur notre terre, non un avatar d’Horus ou de Mithra.(4)

L’historicité de Jésus et du salut a été affirmée et professée à toutes les époques des conciles, appuyés sur une solide théologie qui en a expliqué les articulations et les conséquences. Un Jésus ontologique, on l’a vu dans les élaborations postérieures des gnostiques, ne pouvait qu’établir une hiérarchie d’êtres en voie d’assomption vers le divin. Rien comme le côte-à-côte de l’homme avec Dieu, rien pour susciter la communion de vie des premières communautés chrétiennes, l’alliance de tout homme de bonne volonté devant les grandes causes, rien pour la démocratie, ou la fraternité universelle.

Bref, pour passer les siècles, l’intelligence de la foi avait besoin de se codifier en une structure rigide, celle des dogmes, qui ont balisé la voie de la continuité et de la vérité dans la compréhension du mystère du salut et dans son expression à travers les rites chrétiens.

Inspiration et interprétation en Écriture sainte

Jeune, je l’ai dit, j’étais fasciné par le caractère sacré des Saintes Écritures. Les tranches qu’on nous servait dans la liturgie avaient le caractère et la réputation de paroles magiques, sacrées, soufflées par l’Esprit dans l’oreille de l’écrivain sacré. La Bible était inspirée directement par Dieu. Il n’y avait rien à chercher d’autre.

Ma découverte de la Bible fut toute autre. La Bible soumise à la discipline de l’exégèse apportait non seulement une signification enrichie et plus juste des textes sacrés dans leur diversité mais contribua aussi à une meilleure intelligence de la Révélation prise dans son ensemble.

Alors Dieu ne dicte plus le mot à mot des textes sacrés mais il est présent à tous les événements qui forment la trame de l’histoire de ce peuple, non un Dieu-belle-mère intervenant à tout propos dans les affaires des humaines, mais un Dieu présent, offrant à tous les bienfaits de son alliance.

Après Jesus Magister, le courant de la relation à Dieu n’allait pas de l’homme à Dieu dans un effort de perfectionnement et de spiritualisation mais de Dieu au service de l’homme même pécheur dans le sens de la plus authentique incarnation.

Saint Irénée l’avait dit au IIe siècle, "Gloria Dei homo vivens" (la gloire de Dieu c’est l’homme vivant) mais ayant alors d’autres chats à fouetter, on ne l’avait pas entendu.

L’exégèse, portée par un courant de renouvellement qui soufflait partout, remit les pendules de l’Écriture sainte à l’heure de ses origines. Non des paroles sacrées intouchables, mais la Parole, présence du Verbe dans l’histoire changeante des hommes, non des vérités inscrites dans des récits paraboliques mais la Vérité qui se conjugue avec les vérités des hommes, avec leurs valeurs et leurs espoirs. Ainsi on n’a plus à exécuter des entourloupettes pour expliquer les « erreurs » de la Bible ou en extraire la signification profonde comme on le ferait d’un texte sibyllin.

Les conséquences de cet angle de lecture sont importantes pour la juste compréhension du message révélé et pour développer une relation au divin qui soit significative et marquée d’amour et de liberté.

Une Église signe

Dans les années 58-60 l’Église était encore la « Mater et Magistra » à la structure toute empourprée et régie par le supplément au droit romain qu’on a appelé « Droit canon ».

Les cours d’Histoire de l’Église et de la dogmatique furent aussi pour moi évocateurs quant au rôle de l’Église et de ses rites dans le parachèvement du Royaume de Dieu sur la terre des hommes.

On avait bien appris que « le sacrement était un signe sensible institué par Jésus-Christ pour nous donner la grâce » (5) mais le mot « signe » avait été brouillé par un certain besoin de formules magiques qui donnaient la grâce et le ciel « ex opere operato» (6) et qui les redonnaient si on les avait perdus.

La portée du mot « signe » s’appliquera aussi aux « miracles » opérés par Jésus qu’on est invité à interpréter non comme des « dérogations aux lois de la nature » mais comme des balises, des signes, qui indiquent la présence de Dieu et de son action salvatrice à l’un ou l’autre des temps importants de la condition humaine (naissance, mariage, ordination, rassemblement, faiblesses, maladies et mort).

L’Église, qu’on a appelée le sacrement (signe) de la rencontre de Dieu (Schillebeeckx), y trouve aussi le fondement de sa mission qui est de révéler la présence salvatrice de Jésus dans l’histoire des hommes. Ce qui commande à l’Église de savoir parler la langue des hommes et celle de leurs valeurs à chaque période de leur histoire. Ce qu’Elle fit avec forces et faiblesses de l’invasion des Barbares jusqu’à la cession de ses pouvoirs sur les états pontificaux et aussi dans ce gigantesque effort d’aggiornamento que fut le concile Vatican II.

Et voilà comment on récupère l’histoire. Si contradictoire que cela puisse nous apparaître, pour annoncer efficacement l’Évangile, la croix dut être accompagnée de l’épée. Une Église secte n’aurait pas pu civiliser les Barbares ni porter la Bonne Nouvelle à tous les confins de la terre. D’instinct, la foi au Christ a pris les moyens appropriés pour l’annoncer dans le temps et dans l’espace tout en respectant le rythme des cheminements de chacun et les couleurs de chaque civilisation, prenant le risque des ambiguïtés que l’on connaît.

Éclairante aussi la distinction entre l’Église communion de vie, éternelle et présente dans tous les rassemblements humains et l’Église « moyen de salut » aléatoire, temporelle et variable comme peut l’être un échafaudage qui sert à la construction d’un édifice.

Ces données seront brillamment reprises par le Concile Vatican II.

Sous cet éclairage, le dicton « Hors de l’Église point de salut », qui faisait scandale à notre époque, s’enrichit et prend un tout autre sens si on le couple avec la certitude que le salut est «déjà» accompli en Jésus-Christ. Ainsi, l’universalité du salut déjà accompli rejoint tous les groupes, toutes les églises, toutes les confessions, tous les hommes de bonne volonté qui poursuivent leur quête de sens sur leur terre humaine. L’Église c’est le « Christ répandu » à la grandeur de l’univers. Il n’y a personne à exclure. De quoi ouvrir ses méninges à la dimension de l’univers et de l’éternité.

Ce que Jesus Magister m’a donné, c’est une mise en forme et en cohérence des notions partielles et partiales que j’avais accumulées depuis mon âge de raison; il m’a muni de clés passe-partout d’interprétation qui ont amorcé une conversion de la pensée que Vatican II viendra compléter admirablement.

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dimanche 1 août 2010

Les Pionniers

Rencontre du 28 août 2010.


mardi 15 juin 2010

lundi 10 mai 2010

Chertsey photos




Une photo est une étiquette de vin préparée pour le "méchoui 2006"











Image Juvé. avec maison aumonier
on voit le trou du tuyau d'égouttement.



















La photo d'Albert "sur le tas". Sa soutane était souvent sale parce qu'il manipulait le câble pour nous faire tirer des roches... La force exercée était du "cent petits boeufs, jarets tendus". Le câble se rompait parfois...